samedi 5 mars 2011

la sweet factory

à la sweet factory je me gâte les bonbons en attendant les autres. en engloutir autant avant une soirée aux côtés du charme risque d’être dangereux. le sucre ça fait dire n’importe quoi n’importe comment et à voix haute. ça met l’âge à la bonne place, à l’enfance, mais ça rend hyperactif et des fois ça en irrite quelques un. c’est pas sérieux.
à partir de maintenant, ma vie consiste à réussir à faire headspin. j’ai tellement de sucre dans le corps que je pourrais me retrouver la tête renversée sans crier gare, comme la section des sciences tiens. je voulais te montrer regarde le meuble finit là mais la section continue là-bas ça fait aucun sens mais au moins maintenant tu le sais regarde.
moi pis les choses qui font aucun sens.
continue voir de me montrer la section qui s’étale n’importe comment que je me tienne près de toi en disant oui oui tu parles d’une histoire. après ça on s’imaginait perdu les yeux bandés à la recherche de la section des sciences. on avait envie de jouer à tu brûles tu brûles non tu refroidis là t’es au pôle nord pis oh là tu te rapproches des tropiques.
pis là on dirait que les tropiques seraient moi ha ha (sauf que ça c’est un secret t’sais.)
headspin ouais. il me semble que si je pouvais tourner sur la tête ma vie serait plus réussie. si je pouvais faire du break comme je respire. à l’envers. même si mes heures de pratique laissent des bleus sur mes genoux mes coudes.

jeudi 3 mars 2011

la mort en papier

ma mère ne voulait pas me dire ça au téléphone, sauf que ça commençait à urger : il fallait qu’elle me parle de son testament. ça m’excitait pas tellement mais elle m’a annoncé une belle nouvelle, elle m’a dit que tous ses bijoux seraient à moi.
ma mère adore les bijoux, elle porte de jolies bagues qui vont bien à ses doigts. elle attache sous ses cheveux des colliers d’ambre qui font briller ses joues. parce qu’elle a de belles tâches de rousseur, ma mère, et ça lui donne un air taquin de petite fille. elle, elle aime pas ça mais je suis certaine que tous les hommes qui l’ont aimée se souviennent de ses joues, je suis certaine qu’ils s’en mordent les doigts.
elle m’a dit qu’elle avait eu une idée un peu étrange : elle pensait offrir son corps à la science. elle m’en parlait parce qu’elle voulait savoir mon avis. moi, j’étais une fois de plus interloquée par la synchronisation de la vie. je venais de terminer les enfants moroses, dont l’une des dernières nouvelles se déroule à l’exposition bodies :

« dans la dernière salle, elle s’est arrêtée devant une petite affiche. on y invitait les personnes intéressées à inscrire leurs coordonnées sur un coupon pour obtenir des documents d’information sur le don de corps et d’organes à la science. quand je l’ai vue chercher un crayon dans son sac, j’ai paniqué.
- non.
elle a levé les yeux vers moi.
- c’est seulement par curiosité.
- non.
je ne tolérais pas l’idée qu’un jour, elle rejoindrait les corps de l’exposition. pour toujours figée dans une pose, une expression qui ne seraient pas elle.
- ces corps sont anonymes, on ne sait pas à qui ils appartenaient. personne ne peut les reconnaître. ils n’ont plus aucune famille.
j’avais les larmes aux yeux, soudainement.
sarah ne m’a pas regardée, mais elle a cessé d’écrire.
- je ne veux pas être ici, je ne veux pas que mon corps soit ici un jour. et tu n’aimes aucun sport.
elle a froissé le papier et l’a glissé dans l’une de ses poches avant de poser sa main sur mon bras.
- d’accord, n’y pensons plus. »
lorsque ma mère lui en a parlé, mon petit frère a eu sensiblement la même réaction.
« pense à nous », il a dit, « t’es ma maman, je veux pas que ma maman soit taillée en morceaux. » mon grand frère a répondu comme un sage : que ta volonté soit faite.
moi je savais pas parce que de toute façon ma maman mourra jamais.

mardi 1 mars 2011

ça me tire les cheveux

ma bouche est remplie de dents contre toi

prends-moi, prends-moi pour quelqu’un d’autre
et ne le dis jamais
tes goûts pris pour acquis me dégueulent. tu parles et ça met des bâtons dans mes roues. ça me fait tomber de ma chaise.

ça me tire les cheveux.

j’ai des nœuds dans les idées quand
tu dis je suis sage j’aime la poudre regardez comme je suis beau la fille est donc ben grosse j’ai changé faire semblant c'est cool je suis tellement gentil.

t’envoyer à la guillotine
pour savoir vraiment ce que tu dis quand
tu souffres

pour vrai.

je suis dupe de ton spectacle comme tous ceux pour lesquels tu ne baisses pas le masque. pour lesquels tu brasses les cartes, condescendant. tu me donnes envie de pleurer de rage. mais ça te ferait trop plaisir.

les enfants moroses

- fannie loiselle.

« j’ai glissé la bague de plastique à ton annulaire. une sucette en forme de diamant y trônait. tu as tendu ton bras pour admirer l’effet. le bonbon était rouge, à saveur de cerise.
nos visages étaient plongés dans la pénombre.
- tu crois que je pourrais emporter des bonbons dans l’au-delà ?
- sûrement. mais avant d’y accéder, tu devras subir la pesée du cœur.
- ah.
- ton cœur sera déposé sur un plateau. sur l’autre plateau il y aura une plume. si ton cœur et la plume s’équilibrent, tu auras accès à la vie éternelle.
- et s’il est trop lourd ?
- il sera dévoré par un monstre affreux.
- tu crois que ton cœur est aussi léger qu’une plume ?
- sûrement pas. »

vendredi 18 février 2011

chocolat

mes grands-parents, c’est simple, je les croquerais. ça fait que j’appelle ma mamie pour avoir sa recette de tarte au chocolat tellement bonne que c’est celle que je demande à chacune de mes fêtes sans jamais me tanner. jésus en culotte de velours qu'on dit.
l’histoire avec les oreilles de ma mamie, c’est qu’elles entendent pas très bien, ou en tout cas, moins bien qu’avant. c’est pour ça que, quand on appelle chez mes grands-parents, ma mamie répond toujours sur le haut-parleur. même des fois malgré ça, on se comprend pas tout à fait. je dis que j’aimerais avoir sa recette de tarte au chocolat parce que je vais souper chez une amie demain soir - je veux emmener un dessert c’est pour ça. elle me répond que demain soir elle s’en va à l’opéra. mignonne comme ça.
finalement on se comprend elle dit oh oui cette tarte-là, elle est si bonne cette tarte-là. et elle dit qu’elle s’en va chercher la recette. j’entends ses pas s’éloigner dans le combiné, puis d’autres pas s’approcher. c’est mon papi. il dit T. c’est toi ? écoute, mamie est partie chercher la recette au sous-sol, mais tu sais ça pourrait être long, on va te rappeler oké ? je dis oké et on raccroche.
j’aime penser à mes grands-parents qui prennent soin l’un de l’autre ; à mon papi qui ouvre encore les portes à ma mamie ; à ma mamie qui magasine au simons et achète de belles chemises à mon papi, ou de beaux bijoux pour se rendre coquette. j’aime les imaginer à l’opéra ou au théâtre ensemble, bien vêtus et légèrement parfumés, bras dessus bras dessous.

samedi 12 février 2011

à la st-valentin les gens achètent de drôles de livres

je vais dire quelque chose de coquin. quand les gens se présentent à moi et me tendent leur exemplaire de 25 façons de faire jouir un homme, de 365 positions abracadabrantes, de 1000 choses à savoir sur le sexe, je sais pas si j’ai envie de rire ou de me cacher. prenez cet homme en cravate avec sa golden visa. c’est son tour il avance la tête basse ou ailleurs, je dis bonjour monsieur en fixant ses yeux qui me fuient. je souris mais il n’en sait rien, il ne peut pas savoir parce qu’il s’adresse à un comptoir lorsqu’il répond. je demande voulez-vous un sac oh oui il dit oh oui oh oui. là c’est trop je suis un peu gênée. je le vois en train de s’efforcer d’appliquer les conseils qu’il a lus. je peux pas faire autrement que de l’imaginer nu.
des fois c’est des couples tannants plutôt jeunes mais d’autres fois c’est autre chose et ça me donne moins envie de sourire en complice, ça me donne moins envie de me joindre à eux. des fois c’est une fille seule qui me chatouille pas tellement les yeux. des fois c’est un beau garçon et ça me fait rougir, c’est moi qui baisse les yeux.
photo : Marie-Eve Ostiguy

vendredi 11 février 2011

les gars et les chansons

les gars se rassemblaient pour jouer au poker. je dis les gars je fais pas exprès c’est parce que j’ai juste ça, des amis gars. on est bien deux ou trois filles de temps en temps mais c’est rien comparé à la quantité de testostérone qui grouille autour de moi. c’est dangereux. des fois je me dis qu’ils déteignent trop sur moi, je me mets à penser à parler à agir en garçon. je cache mes débordements et je bois comme un trou, je raconte rien sur moi et je fais comme si tout allait toujours toujours bien. c’est dangereux oui.

des fois je suis vulgaire comme eux et je m’en fous, je dis ouais ben le poker ça me fait pas mouiller ma culotte. dans ce temps-là c’est eux qui jouent les saintes-nitouche qui répondent tu fais des activités qui te font mouiller ta culotte oké oké rappelle-nous de nous tenir à trois milles de toi. dans ce temps-là ils font les gênés les scandalisés, ils font comme si j’étais leur petite sœur asexuée. je dis vous le sauriez jamais de toute façon t’sais, c’pas comme si j’avais la culotte à aire ouverte. on rit mais c'est vrai mais c'est faux, entre nous dans le fond parler de sexe c’est comme : boire une bière pour eux, siroter un alcool sucré pour moi. après on divague on est ben bon pour ça.
« ça me fait penser à un mélange de classe à aire ouverte et de dedans de culotte c’est pas saint.
- une gigantesque culotte dans laquelle on s’assoit pour suivre des cours de pastorale. »

ça fait que je leur dis pas que j’écoute des chansons tristes à répétition. je leur dis pas avez-vous vu jimmy hunt avez-vous entendu ses chansons pourquoi vous écrivez pas des chansons vous autres pourquoi vous chantez pas pour des filles.

mercredi 9 février 2011

l'odeur des garçons

marc-olivier avait l’impression que je suis une fille qui aime pas les garçons à barbe. il pouvait pas réellement l’expliquer ni rien, il disait juste ça comme ça. sarah disait que les barbes c’est fait pour cacher les garçons laids. elle disait qu’une fois qu’ils se rasent, on voit bien pourquoi ils évitent le plus souvent de le faire. je sais pas s’ils disaient ça parce qu’ils me voyaient danser avec un garçon barbu, et que marc-olivier se sentait diminué avec ses joues de bébé, ou que sarah ne trouvait pas le garçon de son goût, mais en tout cas la tequilla est rentrée au poste.
l’important au fond, c’est que c’étaient les années folles dans mes pieds et dans mes cheveux. et comme on me faisait tournoyer et sauter, ça sentait bon l’odeur des garçons. danser, on devrait faire ça sans cesse, toute la vie. c'est vrai.

mardi 8 février 2011

la chanson parfaite

des fois, c’est comme ça. on tombe sur la chanson parfaite, à l’instant parfait. alors on l’écoute en boucle, et on voudrait que ça ne cesse jamais. on dirait que la vie fait plus de sens que d’habitude, dans ce temps-là. on dirait qu’on est moins seul que d’habitude, dans ce temps-là. et on retrouve nos manies d’heureuse insomnie.
je me dis que j’ai pas du cœur pour m’en priver. je me dis que jouer de l’esprit, ça fait pas rire personne. même, c’est pire quand on est moi. c’est un joker noir à l’envers à l’endroit, qui frime sans jamais se sentir à sa place. c’est pas comme à la dame de pique, c’est pas comme faire le plus de trios pour finir le premier et gagner. moi, je commence tout, je finis rien. comme un as de cœur en probation.
j’aime jouer dans la neige c’est vrai. à la fête du lac, avec la colonie de vacances (sans son milieu), on a mangé de la barbe à papa. on a joué à la tag. on a construit un labyrinthe de tempête sous les feux d’artifice. je me souvenais plus que c’était aussi amusant. et quand j’oublie que j’aime, on dirait que je suis un peu moins moi.



« elle m’a dit : tu repars sans que je t’arrête
sans lever les bras sans baisser les yeux
arrive en retard trouve une défaite
dis-toi que j’y crois fais ce que tu peux
comme nos vies vacillent entre les tempêtes
pense pas aux attentes pas plus qu’aux malheurs
fais sourire les filles fais tourner les têtes
tout ce qui te tente mais oublie pas mon cœur
oublie pas mon cœur
avant qu’on s’écoeure
oublie pas mon cœur
crois pas que je bloque à tous tes départs
j’ai l’air un peu sage mais moi j’vis aussi
dans les jours de rock dans l’épais brouillard
j’allume ton visage un phare dans la nuit
cale les délires fume les mirages
étire l’étau fais-toi fêter fort
avant que le pire déchire la page
fais-moi un cadeau oublie pas mon corps
oublie pas mon corps
qu’on y croit encore
oublie pas mon corps »

mercredi 2 février 2011

"to think about her now with someone else, it felt like all the oxygen had been sucked from the room."


(cashback)

le plus dur c’est la nuit. à l’heure des amants encoquinés, tannants et essoufflés, fatigués mais toujours énergisés exprès pour ça. je le dis parce que je le sais, parce qu’on était pareil, surtout parce que maintenant tu fais ça avec une autre. quand j’y pense, je serre les yeux fort pour chasser les images, pour cesser d’avoir la gorge nouée. c’est enfantin je sais. je vois bien que ça reste.
je dis beaucoup de choses, certainement moins que j’en pense, parce que sinon je parlerais trop (de toi). je dis des choses comme : crache pas là-dessus va, t’en fais pas pour moi, j’espère que c’est celle qu’il te faut. je dis : arrête d’avoir peur et fonce, aime-la parce que c’est beau, parce que c’est fou et doux, parce que ça passe et qu’il faut pas que tu l’aies manqué. c’est comme ça, devant toi il faut que je sois la plus forte, il faut que je t’aime assez pour te laisser partir sans pleurer.
mais je dis pas que le soir je me couche encore du côté gauche du lit, je dis pas que je laisse ta place intacte et que j’espère recevoir un appel de toi en plein milieu de la nuit. je dis pas que je souhaite que le sexe avec elle soit moins bon, ou qu’elle soit moins cochonne. je dis pas que je voudrais que tu la compares toujours à moi et qu’elle soit jamais assez.
au fond, j’aimerais ça que tu t’ennuies de moi autant que je m’ennuie de toi.